Karine Tuil : à propos d’identité...

Karine Tuil :  à propos d’identité...

Interview réalisée le 11 septembre 2001

Romancière passionnée de la question identitaire, la déjà brillante Karine Tuil signe ici son deuxième roman où les concepts d’Identité et d’Interdit conduisent à l’extrémisme, nécessaire lieu-aboutissement d’une revendication identitaire poussée à l’excès. Elle s’en explique à travers notre jeu de mots.

- Quel est votre parcours ?
Pour un écrivain j'ai un parcours assez atypique. Je suis de formation juriste. Je préparais une thèse de droit lorsque j'ai été publiée pour la première fois l'année dernière. J'écris depuis plusieurs années, ce n'est donc pas par hasard que j'en suis arrivé là .J'ai donc un peu mis de côté mes études de droit.

- Qu'est qui vous a inspiré l'écriture de ce livre et le personnage de Saul Weissman ?
Je voulais décrire une situation qui permettait de traiter d'identité, mais sans axe de réflexion définie.
C'est assez étrange mais j'ai écrit les 20 premières pages sous le coup d'une inspiration que je peux pas expliquer. Je voulais parler de l'identité juive et de ses rapports avec l'identité non juive, cela 50 ans après la Shoah. Je voulais le traiter sous la forme un peu burlesque parce que mon personnage un moment dans le texte est déchiré entre ces deux identités.

- Identité ?
Quête, questionnement, doutes.

- Mariage ?
Contrat, amour et désillusion. Mon premier livre était une vision très noire du mariage, où après vingt ans de mariage, un homme décidait d'assassiner sa femme par lettre. C'était une lettre qui retraçait le quotidien, ce quotidien étant envisagé dans sa facette la plus sombre. Je me situe peut-être un peu dans ce registre même si ce n'est pas forcément la mienne.

- Religion ?
C'est un mode de vie qui divise souvent au lieu de rassembler mais c'est mon sens une richesse.

- Dans un passage de votre livre Saül Weissman dit : " l'amour ne pas s'épanouir dans un cadre légal. Il lui faut des interdits à transgresser, des obstacles à braver. L'amour est un délinquant, les femmes ne pensent qu'à l'emprisonner. " Que représente pour vous l'amour ?
Je crois justement que je me le demande. Chacun a ses questionnements sur l'amour. Le fait de créer un contrat avec ses règles, ses obligations, ses droits et ses devoirs l'enferme un peu, donc peut l'étouffer. Je pense que comme tout être l'amour a besoin de respirer pour vivre, et de liberté pour s'épanouir.

- Famille ?
La base de la construction d'une vie, mais un peu comme l'amour, elle doit être ouverte pour qu'on s'y épanouisse.

- Sexe ?
Le sexe me fait penser à l'amour et à la jouissance.

- Interdit ?
Je parlais de liberté à l'instant, mais je suis bien consciente que l'on a besoin de certains interdits pour s'équilibrer. Le mot interdit m'a été inspiré par les interdits religieux, sociaux et c'est aussi une référence aux interdits dictées par les lois anti-juive.

- Communauté ?
Je pense que la communauté représente l'exclusion et l'enfermement. Je crois que toute attitude communautariste est nuisible.

- Écriture ?
Pour moi, il y a dans l'écriture, une remise en question, des doutes et surtout une grande solitude.

- Le dernier livre qui vous ait marqué ?

La Tentation d'exister de Emile Michel Cioran

- Le dernier film marquant ?

In the Mood for Love

- La musique vous écoutez le plus en actuellement?
Je n'écoute pas beaucoup les nouveautés, comme chanteur j'adore Michel Jonaz.-

- Que souhaiteriez-vous que les lecteurs retiennent d'un livre comme Interdit ?
J'aimerais que la lecture de mon livre donne envie de trouver un moyen de connaître l'autre et ceux qui ne partagent pas la même identité. Je crois que c'est justement en découvrant l'autre à travers un livre, un film, une œuvre d'art ou l'humanité, que nous nous enrichissons le mieux. Aller vers l'autre c'est aussi éviter les préjugés. Ce livre est d'ailleurs une manière pour moi de dénoncer certains préjugés et surtout l'intolérance.

- Quelle est la question que vous aimeriez que l'on vous pose par rapport à Interdit et que je n'ai pas évoqué au cour de cette interview ?"
J'aurais bien aimé que l'on me demande souvent pourquoi j'avais mis en exergue : Les morts ne louent pas Dieu , Psaumes 115.17
J'ai mis cette phrase parce qu'elle définit bien dans le judaïsme la primauté de la vie sur la mort, c'est une religion de la vie et pas de la mort.

Si vous n'avez pas encore lu cette brillante romancière, précipitez-vous chez votre libraire. Karine Tuil constituera certainement l'une des lumières de la littérature française de ce début de siècle.

Propos recueillis par N. Adja Kaymon le mardi 11 septembre 2001 à 15h, l'heure où les avions s'écrasaient sur les Tours new- yorkaises

Interdit - Ed. Plon

 

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