Maddly Bamy : Brel de Mots

Maddly Bamy : Brel de Mots

Interview réalisée en 2001

 

La rive, c’est déjà l’obstacle au libre cours de l’eau. La mort de l’être cher peut en être un,  Maddly Bamy a transformé la disparition de Jacques Brel, en une énergie qu’elle nous livre.

 Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J'ai commencé à la télévision, ensuite j'ai exercé en tant que chorégraphe, danseuse et comédienne. J'ai eu la plénitude de ma vie au niveau acteur, avec Jean Louis Barrault au théâtre, ensuite j'ai fait un peu de cinéma. J'ai ensuite créé les shows de mode dont la première mondiale a eu lieu à l'Olympia, après cet épisode je suis revenue au cinéma où j'ai rencontré Jacques Brel. Le dernier tour du monde avec lui a suivi. L'écriture est arrivée avec " Tu leur diras " mon premier livre qui était consacré à Jacques Brel.

Comment êtes-vous arrivée à l'écriture ?
Je me suis mise à écrire quand Jacques Brel m'a demandé d'être sa mémoire, son témoin et dire ce qu'il était vraiment, ses idées, sa pensée, c'est dans ce but que j'ai écrit Tu leur diras. Jacques Brel était pris pour quelqu'un de vraiment sombre alors qu'il était jovial, bon vivant, mais il était soucieux des autres, par conséquent de lui-même. Il sentait que sa vie allait être traitée un peu n'importe comment comme il le constatait déjà dans certains journaux. Brel voulait donc remettre les pendules à l'heure, aussi il m'a demandé d'écrire à sa place, ce que j'ai fait ici. C'est un livre qui parle essentiellement de ses idées, sa pensée, son caractère. Le livre s'appelle Tu leur diras parce qu'il me disait toujours à propos de mes écrits " tu leur diras ceci, tu leur diras cela... ", le titre était ainsi tout trouvé.

Vous n'aviez jamais écrit avant ?
J'avais écrit une petite comédie musicale pour un groupement de commerçants, à laquelle Brel avait collaboré avec une chanson que nous avions composée ensemble. J'avais donc écrit des chansons et des comédies, c'est peut-être pour cela que Jacques Brel m'a demandé d'écrire sur sa pensée. La première version de Tu leur diras est paru en 1980 sous forme de livre de luxe, une autre version moins luxueuse est parue en 1981. Il a été réédité en 1999.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour vous lancer dans le roman ?
J'éprouvais le besoin d'écrire autre chose. C'est ainsi que j'ai écrit Pour le jour qui revient, pour comprendre la vie après la mort, un autre essai Fleur d'amour a suivi. J'avais remarqué que tout cela restait dans le domaine ésotérique, alors que c'est quelque chose qui fait partie de la vie. Quel est le meilleur moyen de contacter les gens sinon par un roman ? Les faire rêver, les faire voyager, c'est un roman qui peut me permettre de toucher les gens tout azimut. Dans mon roman La rivière sans rive, il y a de l'ésotérisme mais au départ c'est une histoire d'amour.

Votre passé artistique vous a-t-il inspiré le personnage de Louna ?
Oui. C'est vraiment le monde que je connais le mieux. Je n'aurais pas pu traiter d'un menuisier, d'un chef d'entreprise, sinon cela aurait nécessité que je fasse des recherches sur ces différents milieux. Ce qui m'intéresse c'est l'art, tout ce qui donne l'étincelle de la vie, sans art l'on ne pourrait pas vivre. Il faut dire que les gens sont attirés par les histoires de ce domaine, comment on écrit, comment on peint, c'était aussi un moyen de contacter les gens d'une façon plus large.

Rivières sans rives raconte une grande histoire d'amour entre artistes, n'y a-t-il pas un peu de votre histoire dans ce roman ?
Bien sûr qu'il y a toujours une part de la vie d'un écrivain dans son travail. On prend parfois un épisode, quelquefois la moitié de la vie ou peut-être l'avis d'une personne que l'on a entendu. C'est vrai qu'il y a de mon histoire d'amour avec Jacques Brel, je ne peux pas le nier, c'est ce qui a nourri mon écriture.

Quel est aujourd'hui votre rapport à l'art ?
Déjà être écrivain est la continuité de ma vie artistique. C'est un autre moyen de communiquer l'essence qui est en moi. Jacques Brel disait qu'être metteur en scène était pour lui une autre façon d'écrire. C’est pour moi un mouvement artistique. Avec tout ce passé de danse, de chant, de comédie, l’écriture symbolise à mes yeux un exercice d'animation. Pour que je vive mon texte, l'agencement des mots doit être une chanson, la lecture d'une phrase doit m'emmener, il ne faut pas que ça butte, c'est un mouvement.

Vous qui avez touché à tant de disciplines, que pensez-vous que la culture peut apporter à la société actuelle où les frontières disparaissent ?
La culture est intéressante dans cette période de mondialisation à partir du moment où elle nous permet de mieux vivre au quotidien. Je suis moi en faveur d'une sortie de l'intellectualisme pur afin d'en faire profiter le plus grand nombre. Je suis pour qu'il ait plus de poésie, plus d'intégration à un quotidien parce que nous vivons dans le quotidien. Nous oublions quelquefois les choses essentielles dans l'intellectualisme. La culture doit nous permettre de retrouver le fil conducteur des hommes, de l'humanité. Ce serait intéressant de le retrouver dans toutes les cultures.

Quel est votre point de vue sur la culture antillaise ?
J'étais au Antilles, il n'y a pas si longtemps, il y a une campagne pour parler de plus en plus le créole et surtout l'écrire. On crée une langue écrite pour pouvoir dire que nous avons une langue. Quand j'écoute parler les gens à la télé, je n'entends que des mots français mélangés avec quelques mots créoles. La manière même dont on l'écrit fait que même l'Antillais ne sait pas le lire. On a voulu changer le mot français au lieu de lui donner une fleur qui aurait pu l'embellir en créole. Je n'adhère pas du tout à cette campagne pour l'écriture créole. Je viens par exemple de recevoir une lettre où Guadeloupe est écrit avec un " w " (Gwadeloupe). Je trouve que vouloir avoir une langue, juste pour se distinguer des autres et montrer sa différence, n'a aucun intérêt.

Qu'attendez-vous d'un roman comme celui-ci ?
C'est un cadeau que je veux partager avec les gens. Trouver sa force intérieure à travers l'épreuve, c'est un cheminement spirituel, la découverte de la force spirituelle d'une femme à travers l'épreuve. L'on pourrait avoir des vies sans épreuves si nous étions suffisamment sages, mais nous sommes sur terre justement pour vivre l'épreuve. L'on se croit souvent victime à chaque épreuve, alors que les obstacles sont des cadeaux pour mieux comprendre notre vie afin d'avancer et cheminer avec plus d'harmonie. Mon cadeau serait de partager ce livre avec les lecteurs pour essayer de voir si nous ne pouvons pas aller plus loin en nous-mêmes.

Que vous reste-t-il des années Brel ?
Tout. C'est un héritage énorme qui va en s'amplifiant. Avec la sortie de ce livre, je sens quelque chose de plus fort que les années précédentes. C'est un renforcement de l'énergie Brel.

La rivière sans rives vous a donné l'envie d'écrire d'autres romans ?
J'ai une envie continuelle, j'en ai deux dans mes tiroirs qui vont se mettre en route. Actuellement je termine un essai qui sortira l'année prochaine, mais pour 2002 je pense que ce sera un roman. J'écris beaucoup en ce moment.

De quoi vous inspirez-vous pour écrire ?
Ce sont les rapports humains, les choses de la vie. Mon fil conducteur est de savoir comment mieux vivre, le passage par épreuves de la vie, des histoires pour mettre en scène une espèce d'ouverture du corps et du cœur.

Le dernier film que vous ayez vu ?
Il y a longtemps que je ne suis pas allée au cinéma. Je pourrais dire Ghost que j'ai revu dernièrement à la télévision chez des amis. C'est un film qui me fait craquer par l'amour qu'il dégage.

La dernière pièce de théâtre vue ?
Une pièce sur Corneille au Théâtre de la Huchette. C'est une superbe pièce. Je vais beaucoup au théâtre. J’en connais la plupart des directeurs, je suis donc souvent invitée.

Dernier concert ?
Johnny Halliday. Mon frère Eric Bamy travaille avec Johnny, et j'ai eu l'occasion d'aller au spectacle de l'Olympia récemment.

Propos recueillis par N. Adja Kaymon (2001)

La Rivière sans rives Ed. Flammarion

 

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