Jacques Duquesne : d'écriture !

Jacques Duquesne : d'écriture !

ECRITURE

C'est mon bonheur et ma souffrance. J'aime beaucoup écrire. J'ai fait le nègre pour quelques best Sellers non signés par moi. J'ai été engagé par l'Express par Françoise Giroud en 1966 pour réécrire tout le journal, de façon à ce que le contenu ait le même ton, qu'il y ait un style Express. J'aimais bien chercher des formes, c'était amusant. Après, j'ai travaillé un peu avec un autre journaliste aujourd'hui décédé, nous nous lancions des défis, du style " t'écris le paragraphe suivant de ton article sans la lettre e " c'était excitant, formidable. Parfois je suis choqué de certaines facilités d'écriture, des répétitions, l'emploi des auxiliaires être et avoir, c'est facile, cela remplace tout, un peu comme le système américain, le seul " to get " utilisé à toutes les phrases " to get up ", " to get down "…Il y a deux mots dans la langue française dont on se sert très peu, par exemple, finaliser, qui ne veut rien dire est souvent utilisé à la place de mots comme terminer, finir, conclure, l'écriture se dégrade et c'est dommage. J'étais complètement heureux dans l'écriture quand je réécrivais l'Express, je ne collectais pas les informations, je n'avais à me soucier que de la forme, je cherchais une phrase d'attaque qui fût bonne pour que le lecteur ait envie de lire l'article. Une des expériences les plus difficiles pour un journaliste, c'est d'être dans le train, le métro ou le bus avec quelqu'un qui lit votre propre journal. Vous vous dites : " Pour cette page, nous avons cherché une photo qui soit attirante, un intertitre et un chapeau captivant et ce lecteur passe la page en une seconde ".Il s'arrête ensuite à une autre page, il commence à lire et vers la ligne 15-16-17 il tourne la page. Lorsque j'écris un article je pense toujours aux lignes 16 et 17, empêcher le lecteur de tourner la page après avoir commencé la lecture de l'article. Il faut que je tienne le lecteur par la main, qu'il ait envie, donc que la première phrase accroche et puis ensuite qu'a aucun moment il n'ait envie de me lâcher. Il y a deux manières d'écrire, soit pour se faire plaisir, soit pour dire quelque chose aux autres, quant à moi je préfère m'adresser aux autres.

 

FAMILLE

Tout le monde considère la famille comme un refuge. C'est bien que ce soit un refuge, mais il faut que chacun ait des devoirs vis-à-vis de la famille, on doit apporter autant que recevoir. Je ne suis pas très enthousiaste quand je vois le succès de la famille dans les sondages. Les gens se replient sur eux-mêmes, c'est le cocooning alors qu'il faudrait être plus dynamique. La famille induit des devoirs vis à vis de sa compagne ou compagnon, des enfants etc…Il y a de plus en plus de familles décomposées et recomposées, la famille a donc beaucoup évoluée, j'ai l'exemple du fils d'une de mes cousines qui s'est marié après quinze années de vie commune. Vous auriez dit cela dans le Nord au début du XXème siècle, les gens auraient été stupéfaits. J'adore les repas de famille dans le Nord où nous avons la chance de nous créer souvent des occasions de fêtes.  Jacques Duquesne

Histoires vraies : Une vie de journaliste

 

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