Philippe Besson : la belle saison

Philippe Besson : la belle saison

Interview réalisée en 2003

 

C’est autour de son excellent ouvrage L’arrière saison que Philippe Besson s’est confié à nous avec une précision dans l’explication de ce qui l’a animé et motivé dans l’écriture de cet ouvrage dans lequel vit l’oeuvre d’Edward Hooper .

Qu’est qui vous a attiré dans le tableau de Hooper au point d’en faire un roman ?
C’est d’abord la femme au bar qui a attiré mon attention sur le tableau.
La femme en rouge allait me permettre de raconter cette histoire. Le tableau était une contrainte extrêmement agréable, c’était un vrai matériau, j’étais dans le café avec eux. J’ai inventé ma propre histoire à partir du tableau de Edward Hooper. Quelqu’un d’autre que moi mis devant ce tableau aurait raconté autre chose.

Place au dictionnaire autour de L’arrière saison ...


Séduction ?
C’est la montée du désir, le silence et le regard. La séduction est une sorte d’inconfort assez joyeux. Ce mot évoque aussi la conquête.

Mélancolie ?
Le thème de la perte est très fort dans mes livres. Je suis convaincu que les plus beaux moments sont derrière moi, j’ai perdu plus que ce que je ne pourrai espérer gagner aujourd’hui. J’ai toujours l’idée du temps qui a passé, de la jeunesse perdue. La mélancolie est très indexée sur l’idée de la perte, je ressemble dans ce sens à Louise, mon héroïne.

Retrouvailles ?
« L’arrière saison » est un livre sur les retrouvailles. C’est le livre des amours disloqués, des retrouvailles que l’on va tenter mais qui sont presque impossibles. Comment se retrouve-t-on, lorsque l’on ne s’est plus parlé pendant cinq ans, comment retrouver les gestes, avons-nous les mêmes souvenirs ? Mais il y a derrière tout cela, néanmoins, une sorte d’espoir, il y a l’idée que même si cela est délicat et compliqué, on va quand même essayer de faire quelque chose.

Habitude ?
Il y a le meilleur et le pire dans l’habitude. J’aime bien les petites habitudes, par exemple avoir l’habitude de boire du vin. Ce sont des choses qui me touchent. Je pense que nous habitons nos habitudes, il y a des cafés que l’on aime bien, il y a des alcools que l’on préfère. Le pire est qu’il y a dans l’habitude quelque chose qui relève de la résignation, de l’abdication, du renoncement, cela me fait peur, c’est une horreur.

Souvenirs ?
Dans mon livre, l’on se rend compte que les deux principaux personnages n’ont pas les mêmes souvenirs, ils ont vécu la même histoire, mais ils n’ont pas la même façon de la raconter. La mémoire fonctionne de manière étonnante, de façon affective.

Fidélité ?
Je suis quelqu’un de fidèle. Je trouve que la fidélité est une chose importante. C’est une valeur d’être fidèle à ce que l’on croit, à certains principes, à des êtres. Dans « L’arrière saison » Louise est ce qu’elle est, elle est figée, lui est assez infidèle car il est convaincu que la vie change et qu’il faut évoluer. Louise est fidèle à des principes car elle ne veut rien renier, elle n’est pas dans le reniement. J’estime que l’évolution, de même le changement, n’impliquent pas forcément de l’infidélité.

Silence ?
Non-dits, désirs muets. L’on se dit parfois plus de choses dans les silences que dans les phrases que l’on échange. Ce café des retrouvailles est un espace de silence, c’est aussi l’hommage rendu à Hopper. Edward Hopper était caractérisé par le silence, la solitude que l’on retrouve un peu dans ce tableau qui m’a inspiré l’écriture de ce roman. Si Stephen et Louise mettent si longtemps à se parler c’est un peu par peur de ne pas dire de mots dangereux. Ils sont dans l’embarras des phrases convenues après ne pas s’être parler pendant plusieurs années. Il faut se réapprendre, le silence ici constitue un ré-apprentissage de l’un et l’autre. L’on se doit donc d’être dans la retenue et la pudeur dans ces cas-là.

Amour ?
Louise et Stephen, dont l’histoire commune est terminée, restent si longtemps dans se café certainement parce que quelque part en eux, plane encore l’amour, cela malgré cette longue séparation. Pour moi l’amour est un sentiment idiot et doux.

Solitude ?
Incontestablement l’hommage à l’artiste, Hooper. L’on a beau voir mes personnages très près l’un de l’autre dans la toile, ils restent profondément seuls. Elle vit seule, lui, divorcé et séparé de ses enfants est aussi en pleine solitude, donc ils sont tous les deux en attente.

Ecriture ?
C’est ce qui me maintient en vie.

Que souhaiteriez-vous que le lecteur retienne de L’arrière saison ?
La rencontre de deux solitudes et de deux désirs. Je voudrais que la lecture de ce livre se fasse d’une seule traite pour que le moment vous accompagne instantanément . Je souhaiterais que ce soit la lecture de “ L’arrière saison” soit quelque chose de doux, mélancolique et agréable, mais pas important. Ce n’est pas forcément un livre qui doit hanter les gens. Je pense qu’il ne faut pas exagérer l’importance des livres, la lecture d’un roman doit être comme un moment agréable passer dans un café.

Vous dédiez votre livre à Patrice Chéreau ...
Patrice Chéreau est quelqu’un qui compte beaucoup dans ma vie. C’est un hommage à la belle adaptation cinématographique qu’il a fait de mon livre précédent « Son frère. »

Recueillis par Narcisse Adja Kaymon (2003)

L'arrière-saison    Les jours fragiles  Ed. Julliard

 

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