Michel Quint : l'espoir d'aimer en chemin

Michel Quint : l'espoir d'aimer en chemin

Interview réalisée en Février 2006

 

Il est marionnettiste, et vient distraire les enfants dans les hôpitaux. Il fait la connaissance de Louis, un adolescent plongé dans le coma à qui il raconte son histoire. La disparition de sa mère, le tête-à-tête avec son père, homme ambigu en affaires et en sentiments, son grand amour, Halva, une jeune Algérienne dont le souvenir ne l'a jamais quitté.
Après avoir évoqué d'autres périodes troubles de l'Histoire, comme dans son roman le plus connu du grand public car adapté au cinéma « Effroyables jardins », Michel Quint revient sur la guerre d'Algérie, et évoque les dissensions qui ont opposé les partisans de l'Algérie française à ceux de l'indépendance et aux drames vécus par les gens ordinaires dans un contexte extraordinaire.

« Pourquoi avoir placé cette intrigue dans le nord de la France une nouvelle fois ? » « Et bien, parce que premièrement me cadre me convient bien car c’est une région que je connais bien. Et c’est aussi le lieu où des événements particuliers se sont déroulés. C’est un cadre historique que j’ai cherché plutôt qu’un cadre strictement romanesque. Ça fait partie de mon vécu, ces ambiances à la fin de la guerre d’Algérie. »

« Qu’est ce qui vous a poussé à écrire ce roman sur la fin de la guerre d’Algérie ? »  « C’est toujours le travail sur les traces des grands événements, les stigmates que cela laisse chez les gens dans le quotidien, de façon assez triviale mis finalement assez profonde. Ce sont des choses qui restent ancrées chez les gens du « menu peuple » et qui ressurgissent parfois. Il y a une remontée des choses, des sentiments. C’est quelque chose de larvé, c’est quelque chose qui germe. Et ça, ça m’intéresse toujours que de dire que le pire, l’horreur, la barbarie, sont certes derrière nous mais on les trimballe toujours avec nous et c’est aussi ça qui fait l’accoutumance à la barbarie actuelle. C’est aussi ça qui fait que le Rwanda, on pense que c’est très loin. L’Irak, c’est assez loin aussi. Que la pire des barbaries c’est qu’on nous raye notre voiture. Je pense que c’est faux. Il y a une médiatisation de plus en plus fréquente de la violence et ça laisse des traces et plus de stigmates qu’on ne le croit. »

« Comment avez-vous travaillé les personnages de ce roman ? Vous vous êtes documenté sur l époque ? Vous basez vous sur vos propres souvenirs ? » « Je ne fais jamais de recherche. Je travaille avec ce que j’ai en « magasin ». Je vérifie simplement des choses, des faits. Que tel truc s’est passé un 17 octobre, que telle autre chose a eut lieu en août. Et c’est tout. Le reste, mes personnages, c’est le travail habituel de l’écrivain, c’est construire des personnages qui représentent quelque chose, qui disent quelque chose. Et qui ne soient pas simple… »

« Comment ressentez vous votre position d’écrivain dans la société alors que vous êtes en même temps enseignant ? » « C’est à la fois différent et identique. Écrivain c’est un état, pas un métier. Prof c’est un métier, pas un état. On est écrivain 24H/24. Prof on l’est quand on travaille. Mais en même temps, il s’agit toujours de parler aux gens, de souligner des choses, de communiquer et de rendre le monde clair, de l’élucider, de prendre du recul par rapport à la vie et aux événements. »

« Vous retrouvez vous dans le rôle joué par René et l’utilisation de son art de marionnettiste pour aider à soigner ? » « Je ne sais pas si l’écriture peut changer quoi que ce soit au monde, en tout cas elle ne peut pas l’abîmer. En tout cas pas la vraie littérature. Il y a une autre  littérature actuellement qui l’abîme un petit peu, en ce sens où elle occupe beaucoup le terrain  mais je ne citerai personne…Je pense que la littérature, c’est de la vie non pas en plus mais en mieux. Cela aiguise le regard où cela le grossi. Mais en tout cas, ce n’est pas une bombe. Ça peut être un témoignage, un coup de stabylo qui surligne… »

« Vous décrivez dans cette suite de roman des personnages fantasques, petits héros de grands évènements. Qu’est ce qui vous pousse à aimer décrire les anti-héros ? » « Eh bien comme dit Stendhal, « notre héros était fort peu héros ». Mes protagonistes ne sont pas des héros. Ce sont des gens ordinaires qui trimballent aussi leurs défauts, leurs difficultés d’être. Ils ne sont pas parfaits. Surtout ils ne pensent pas parfaitement, ils n’ont pas le recul nécessaire. Ils sont désinformés et agissent pour des mobiles et des motivations qui sont extrêmement fausses. Robert par exemple, sa seule motivation est la jalousie. Il prend des décisions dans sa vie parce que ça ne va pas avec sa femme. Et ces sont des décisions extrêmement lourdes. »

« Le coup de théâtre final est vraiment surprenant. Est-ce par cette fin que vous avez imaginé cette histoire ? » « Le point de départ de l’histoire est un peu plus prosaïque. C’est l’idée de travailler sur ce transfert à  la fiction de la réalité. Le transfert  des sentiments et du point de vue sur le monde de René à des marionnettes. Ça vient d’un film de Todd Browning qui s’appelle « Le club des trois » ou l’un des personnages est ventriloque et montre une marionnette. Au moment où sa femme le quitte, la marionnette dit «  salut vieux pote » et le marionnettiste met la main devant la bouche de la marionnette. Là y a un transfert total et c’est ce qui m’a intéressé. Que ce soit la fiction, me personnage de bois qui dise la vérité, comme au chevet de Louis. »

« Vous reste-t-il encore des moments de l’Histoire que vous aimeriez traiter dans un nouveau roman ? » « Je n’en sais rien du tout. Depuis ce roman j’en ai fini trois autres. Je sors de chez mon éditeur. Le prochain à sortir est un livre avec des photos de Cyril Deruineaux. C’est un roman avec des photographies. Cela sortira le 25 août. »

Propos recueillis par C. S.

 

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