Michel de Decker : la vie amoureuse de Louis XIV

Michel de Decker : la vie amoureuse de Louis XIV

Historien et scénariste pour la télévision, plusieurs fois couronné par l'Académie Française, Michel de Decker nous parle des femmes qui ont marqué la vie amoureuse de Louis XIV.

 

Catherine de Beauvais

On la surnommait La Borgnesse. Catherine qui portait un joli nom de la Somme a vécu avec le roi pendant quelques heures en service commandé puisqu’elle était chargée par la Reine mère Anne d’Autriche de déniaiser le roi, c’est à dire de lui apprendre à faire l’amour. Elle était particulièrement laide, il lui manquait un œil, mais elle était très experte puisque le roi a apprécié et y a pris goût alors qu’il aurait bien pu en être dégoutté à tout jamais avec une telle femme. C’est une femme qui a été payée en pierres qui devait servir pour les travaux du Louvre et elle s’est construit un hôtel particulier à Paris avec son matériau.

Marie Mancini

C’est une belle histoire d’amour entre Louis XIV et la petite Mancini qui est une nièce du premier ministre, le Cardinal de Mazarin. C’est la découverte de l’amour, l’amour palpitant, la tendresse, l’émotion et l’intelligence de Marie Mancini qui n’a jamais voulu céder. Elle fît comprendre au petit Louis XIV qui n’était pas encore en plein pouvoir à cette époque-là que le chemin de son lit passait par la chapelle. " Il faut que je sois reine si vous voulez passer dans mon lit ". Comme le Cardinal Mazarin, le premier ministre ne tenait pas du tout à ce que ce mariage se fasse, il a été voué à l’échec et ce fut une histoire d’amour malheureuse.

Marie Thérèse

C’est l’épouse légitime, c’est une espagnole, fille du Roi d’Espagne, qui n’est pas éminemment drôle, qui n’a jamais essayé d’apprendre à parler le français, qui se nourrit essentiellement de chocolat, qui passe la plupart de son temps couchée. Il faut dire que le roi lui fait mener une vie impossible, il ne l’aime manifestement que pour assurer la propagation de la race des Bourbons. Quand elle meurt, Louis XIV aura cette réflexion que je trouve assez abominable : " c’est bien la première fois qu’elle me fait de la peine ".

Louise de la Vallières

La petite Louise de la Vallières est arrivée dans la vie du roi un peu par hasard puisque le roi avait eu une petite histoire d’amour avec sa belle-sœur, Henriette d’Angleterre, la reine mère Anne d’Autriche ne voulait pas du tout que ça se sache à la cour, aussi elle demande à son fils de prendre un paravent, c’est à dire de trouver une jolie femme pour se cacher derrière et vivre le parfait amour avec Henriette. Elle choisit Louise de la Vallières, qui était une petite demoiselle d’honneur d’Henriette, comme paravent. Il arriva alors ce qui devait arriver, la petite Louise était tellement charmante que le roi en est tombé amoureux. Elle était un peu maigrelette alors que le roi aimait les femmes pulpeuses, elle avait d’ailleurs une poitrine si petite qu’elle mettait toujours un énorme foulard noué avec un gros nœud, et on porte toujours aujourd’hui une lavallière du nom de Louise. Elle a donné deux enfants au roi qui ont été légitimés. Elle a vécu douloureusement cet amour parce qu’elle savait que le roi vivait dans le péché d’adultère, ce qu’elle a beaucoup du mal à assumer en raison de de ses croyances, à tel point qu’elle part en claquant la porte puis en se réfugiant au couvent où elle meurt sous le nom de sœur Louise de Miséricorde au bout de trente-cinq ans de vie d’austérité.

Catherine de Monaco

C’est une passade comme beaucoup d’autres. Les Monaco faisaient déjà à cette époque parler d’eux, si les journaux de Versailles s’étaient appelés Gala ou Voici, on aurait eu Catherine de Monaco à la une. Elle était belle, câline, mais il ne s’est pas attaché à elle, il faut dire que tout le monde voulait passer dans les bras du roi, parce qu’il était très distingué, élégant et avait une belle prestance.

Athenaïs

C’est la grande dame du règne de Versailles. C’est l’apogée de Louis XIV dans le règne de Roi soleil. Athenaïs est une jeune femme qui arrive à Versailles après avoir épousé le Marquis de Montespan. Montespan, contraction du nom " Mont d’Espagne ", est une famille des Pyrénées. Elle voyait bien que le roi lui tournait autour, elle le repousse très poliment et honnêtement. Le roi insiste et elle va voir son mari en lui disant :" vous savez, je vais craquer " - " eh bien craquez " lui rétorqua le Marquis de Montespan. Quand elle lâche sa résistance, son mari a cette réflexion étonnante : " Dieu soit loué, la fortune entre enfin dans notre maison ". Il se fâche par la suite et n’apprécie pas du tout cette liaison, mais il est trop tard, Madame de Montespan est au roi et elle va rester pendant quinze ans la maîtresse officielle puisqu’elle donnera huit enfants à Louis XIV.

Louise de la Vallières c’est la tendresse, l’amour du cœur, Athenaïs c’est l’amour des sens, l’amour fou, c’est le côté très sensuel du roi entre trente et quarante ans, il est vrai qu’elle était ravissante, elle était une des rares dames de la cour à avoir des dents comme une rangée de perles, à une époque où personne n’avait plus de dents à trente ans, le roi lui-même n’en avait plus . On les lui avait arrachées dans des conditions abominables. Pour l’anecdote quand on lui avait arraché une canine, le chirurgien s’y était tellement mal pris qu’il avait emporté un morceau du maxillaire supérieur, si bien que, quand le roi buvait, il régurgitait par le nez toute boisson.

Françoise d’Aubigné

C’est le troisième grand amour du roi, c’est la raison. Elle est la future Madame de Maintenon, celle que le roi va épouser à quarante-cinq ans, après son veuvage et répudiation de Madame de Montespan. Cette femme qui était vraiment ravissante étant jeune, était la petite fille d’un poète Huguenot protestant. Comme elle était d’une noblesse ruinée, on lui avait fait épousé le poète Scarron, lequel était paralysé presque de partout, mais avait appris grâce à lui

" À rôtir balai " l’expression est du mémorialiste Saint Simon - c’est à dire à mener une vie parfaitement dissolue. Quand son poète de mari est mort, elle s’est retrouvée au chômage, madame de Montespan qui la trouvait agréable de compagnie, lui a proposé de venir s’occuper des enfants qu’elle a eues avec le roi. Elle devient donc la nounou de tous les petits bâtards que le roi fît à madame de Montespan. Le roi qui est un mauvais mari mais un bon père rend visite régulièrement à sa petite progéniture. Le temps passant il tombe sous le charme de l’esprit et de l’intelligence de madame de Maintenon qui insidieusement lui fait comprendre qu’il vit dans le péché, qu’il serait bien tout de même qu’il arrête cette vie dissolue. Un jour, il finit par épouser secrètement madame de Maintenon. Elle ne peut pas prétendre au qualificatif de Reine de France, c’est ce qu’on appelle un mariage morganatique. C’est une union qui va durer trente-cinq ans, jusqu’en septembre 1715, le jour de la mort du roi.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

J’ai déjà des titres chez différents éditeurs, mais il y a trois ans, j’avais eu l’occasion de rencontrer le directeur des éditions Belfond. Je lui proposé une série qui s’appellerait " la vie amoureuse de ", en partant du principe que l’histoire se raconte. Là je fais référence à mon ami Alain Decaux, même si j’ai été moi-même professeur d’histoire, l’on n’écrit pas l’histoire uniquement pour les étudiants et les agrégés. Il faut l’écrire autant pour ma boulangère, qui est une femme charmante, que pour mon banquier ou qui que ce soit dont la profession n’a aucun rapport avec l’histoire. Il faut que la lecture se fasse de telle sorte que l’on ait l’impression d’entrer dans un roman, alors que tout est vrai. Je ne me permets pas d’avoir de l’imagination, l’histoire en a pour moi, quand je fais des formes de dialogue, ou les mémoires du temps, ou les questions et des réponses, mais je n’imagine absolument jamais. C’est l’avantage de l’historien sur le romancier, nous n’avons pas besoin d’avoir de l’imagination.

Il faut évidemment avoir lu pendant des années toutes les mémoires du temps, dévorer Saint Simon et tous les mémorialistes. Ça fait vingt ans que je vis avec Louis XIV, je le connais pratiquement sur le bout des doigts. Je fais toujours référence à Alain Decaux qui me disait quand nous étions collègues à la Tribune de l’histoire : " Michel, tant que les enfants demanderont à leurs mamans de leur raconter des histoires, nous aurons du travail ".

Recueillis par Narcisse Adja Kaymon (juin 2000)

Louis XIV, le bon plaisir du roi   Editions Belfond

 

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