Majid Rahnema : définir la Pauvreté

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Majid Rahnema (1924-2015)

Majid Rahnema (1924-2015)

C’est un mode de vie basé sur l’éthique d'exister en partageant des manières de dire et de faire des choses, mais aussi ce que l’on a en commun.

Il y a autant de conditions différentes de la pauvreté qu’il y a d’humains. Les pauvres sont souvent pris comme un sujet de manque. Or si l’on prend cette approche, tout le monde, sans exception souffre d’un manque. Par conséquent, tout le monde peut être considéré, d’une manière ou d’une autre, comme pauvre.

Historiquement, la pauvreté a représenté des conditions très différentes dans les sociétés humaines. Pendant des millénaires, cette condition était inexistante. Les gens étaient pauvres selon nos critères, mais ils ne se considéraient pas comme pauvres. La pauvreté est une invention de la civilisation, et nous avons assisté à un passage de l’adjectif au substantif.

Je distingue trois formes principales de pauvreté qui sont bien définies dans mon livre.

La pauvreté volontaire ; elle représente un choix libre et éclairé pour un mode de vie basé sur une éthique de simplicité, de frugalité et de respect pour le prochain. Elle exprime le désir de se libérer de toute forme de dépendance matérielle qui, selon le choix et le sujet de ce choix, risquerait de nuire à son plein-être. Cette pauvreté représente une forme suprême de richesse, synonyme d’une autre idée de liberté, d’autonomie et de nécessité. C’est une libération de tout asservissement et dépendance. C’est la pauvreté comme l’expression de liberté. L’exemple le plus révélateur est celui du Christ.

La pauvreté conviviale ; elle repose généralement sur une vision religieuse du monde et sur une économie morale dont les particularités dépendent des sociétés qui l’ont nourrie. Elle puise sa force principale dans les richesses créées et partagées par les membres d’une communauté à travers les rapports qu’ils établissent entre-eux et avec leur environnement naturel et physique. Les membres d’une société conviviale ne représentent pas des individus au sens moderne du terme. Dans la société conviviale, le monde n’est pas conçu comme celui de la rareté, mais celui de la baraka et l’abondance. Dans ce cas, la communauté définit le nécessaire à partir de ce qu’elle peut produire. Il y a donc un contrôle des désirs et des envies.

La pauvreté modernisée ; elle est le fait d’une société qui subordonne toutes activités humaines à la production de " biens matériels " perçues comme seules sources de richesse, mais où, tout le monde est finalement pauvre; dans la mesure où personne, pas mêmes les riches, n’arrivent à satisfaire les besoins qu’ils se sont fabriqués. La pauvreté modernisée est le produit direct d’une économie souveraine dont la croissance passe par la colonisation de tous les rapports sociaux et culturels.


Quand la misère chasse la pauvreté  Ed Fayard

 

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