Elisabeth Horowitz : se libérer du destin familial

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Elisabeth Horowitz : se libérer du destin familial

Interview réalisée en 2000

Devenir soi-même grâce à la physcogénéalogie, c'est ce que tente de nous expliquer Elisabeth Horowitz dans son premier livre Se libérer du destin familial...

Qu'est-ce qui a motivé l'écriture de ce livre sur la généalogie ?

Je suis installée comme psychothérapeute depuis une quinzaine d'années mais spécialisée dans l'analyse de la généalogie. Ce livre permettait de vulgariser auprès du grand public, toutes ces connaissances sur le fonctionnement de l'histoire familiale. Aussi l'ai-je écrit sous forme d'entretiens, donc quelque chose de très pratique que tout le monde puisse lire en un ou deux jours. C'est à la fois un manuel de référence et un manuel pratique.

Qu 'est-ce que la pschogénéalogie ?

La psychogénéalogie est une discipline qui est en train d'émerger dans le domaine des sciences humaines, qui relie la généalogie et la psychologie. On va faire là une analyse de l'histoire familiale à partir des prénoms, des noms de famille, des dates de naissance, des métiers, des histoires de vie, mais pas seulement pour l'avoir dans son tiroir comme l'histoire de la famille. Nous allons plus loin, en cherchant comment elle va influencer le parcours de chacun des membres de la famille.

Comment définissez-vous le roman familial ?

Le roman familial est un terme qu'avait utilisé Freud, au début du vingtième siècle. Il disait que, d'un côté, il y a l'arbre généalogique, et de l'autre il y a le roman familial, un terme qui décrit la façon subjective de raconter l'histoire familiale. Il est possible de l'embellir, en se disant que c'est un roman dans la mesure où c'est une histoire oui peut-être vraie ou inventée et complètement irréelle, donc ce qui a été transmis n'est pas la vérité. Entre l'arbre généalogique et le roman familial, il y a une construction subjective de l'histoire de la famille.

En quoi nos racines peuvent-elles influencées notre destin ?

Nos ascendants directs, c'est à dire nos grands-parents, leur frères et sœurs, nos parents vont nous influencer. Nous subirons l'influence de ce qu'ont vécu tous nos ancêtres directs, que ce soit au niveau sentimental, sexuel, financier, social, quelque fois des formes de vies qui n'ont pas abouties, et tout cela est d'autant plus fort que parfois nous n'en sommes pas conscients. J'ai, en ce moment en consultation, une dame qui a des problèmes avec le magasin qu'elle tient avec son mari. En remontant dans l'arbre généalogique de sa famille ,je me suis rendue compte que son grand-père tenait aussi un magasin, et s'est suicidé prématurément suite à une injustice sociale. Comme cette dame ne connaît nullement les circonstances exactes , la situation n'est pas réglée et se reproduit à son niveau dans des conditions un peu similaires.

Quels sont les rapports entre l'astrologie et la généalogie ?

Dans l'astrologie, il y a un déterminisme cosmique. c'est la situation des planètes qui peuvent nous influencer. Il y a des niveaux d'influence dans notre existence. On peut penser que déjà naître dans une famille est un déterminisme, pourquoi naît-on dans tel arbre généalogique et pas dans une autre, cela peut être décidé au niveau cosmique et va peut-être refléter sur le plan astrologique.

Vous parlez de l'importance des prénoms, en quoi un prénom peut-il être déterminant dans notre parcours ?

C'est important parce qu'au delà du prénom il y a un projet parental. Notre nom est le mot qui va être le plus répété dans notre vie. Derrière cette appellation, il y a une motivation des parents, voire plusieurs. Il peut s'agir peut être de répéter un prénom qui existe déjà dans la famille, au trravers duquel on souhaite refaire existe une personnalité passée,.Par fois ça peut être un prénom d'un proche caché d'un membre de la famille. Je raconte ainsi l'exemple d'un père qui a donné à sa fille, le prénom de sa maîtresse C'est une forme de déterminisme parce qu'en le lui réattribuant , on empêche la fillette d'avoir véritablement sa place d'enfant et tout de suite, l'on projette sur elle une personnalité, une place, une fonction, un lien qui ne va pas être un lien affectif normal. Au travers du prénom, nous avons une place dans la famille qui va être la bonne ou pas, l'on peut être la résurgence de quelqu'un, l'on peut être l'amant de la mère ou la maîtresse du père, en fait, ; on peut ignorer pourquoi les parents nous l'ont attribué, mais il faut essayer de le trouver parce que, derrière le prénom, il y a justement une forte motivation et aussi une destinée qui nous sont données par la famille.

Qu'est ce qui fait qu'à un moment, l'on va se détourner de cette destinée ?

II faut savoir au fond s'il y a un aspect positif, la valeur qui est transmise par rapport au prénom. II peut avoir en même temps un côté obscur, à une valeur peut être associée une place que l'on n'a pas du tout envie d'occuper. Cette dualité entre une valeur et une problématique vont définir notre destinée finale.

A propos du métissage que vous abordez dans votre livre, croyez-vous que l'humanité gagnerait à ce que tous les arbres généalogiques se rencontrent ?

Je crois que ce serait positif. Cela est en train de se passer déjà en ce moment, il y a des familles qui intègrent d'autres continents, des cultures complètement différentes. Après il faut savoir la motivation, si c'est quelque chose qui se fait à la base d'une problématique ou si c'est quelque chose qui se fait parce que l'on est issu d'un arbre généalogique qui va très bien, donc qui peut aller à la rencontre d'autres cultures, d'autres traditions. Cela peut être une réaction à sa famille, quand on ne se sent pas soutenu par sa famille, on peut essayer de choisir quelqu'un qui va être complètement à l'extrême de sa famille d'origine.C'est une façon d'échapper à son arbre généalogique. Il y a aussi le fait qu'une famille très évoluée peut faire une alliance avec une famille très différente parce qu'elle est capable d'intégrer des valeurs lointaines, vu la sécurité qu'elle a par rapport à son identité. C'est donc tout à fait normal et logique que le métissage arrive, mais cela n'est positif que lorsque les familles sont très évoluées, si le métissage est le simple fait d'une de réaction , de détachement par rapport à sa propre famille, auquel cas, l'on n'est pas plus heureux dans l'alliance avec quelqu'un d'une autre culture ou d'un autre continent que dans sa propre famille. Le métissage ne sera positif qu'entre des personnes issues de familles qui vont bien, donc chacun doit déjà travailler à son histoire familiale.

Que pensez-vous des unions entre personnes du même arbre généalogique ?

Je pense que c'est néfaste au niveau d'un couple parce que l'étape du mariage présuppose que l'on va s'unir avec quelqu'un de différent. C'est un problème de généalogie pure.

Dans quel sens la généalogie intervient dans le métier que l'on exerce ?

Je demande toujours aux personnes qui viennent me voir, de me parler des métiers qu'ont exercés leurs ancêtres. Les métiers que l'on a exercé avant vont avoir une influence pour notre propre évolution. Je me suis rendue compte par exemple que les gens qui avaient des situations d'échec ou qui avaient des problèmes de santé avaient dans leur arbre généalogique, des ancêtres qui avaient eu des métiers qui allaient encontre des intérêts de l'humanité. J'ai eu le cas d'un homme qui avait une fille née handicapée, son métier était complètement lié au handicap de sa fille, il travaillait dans l'armement, dans les poudres à explosifs, c'est un métier qu'il avait choisi.

Si l'activité et le rôle social que l'on occupe n'est pas fondamentalement bénéfique à la société ,cela va avoir une influence pour les descendants, cela peut les précipiter dans l'échec, dans des maladies. On ne suppose pas que l'activité des ancêtres directs va peut-être nous faire souffrir par ce qu'ils ont engendré. Derrière le métier il y a une philosophie.

Les morts jouent t-ils toujours un rôle dans l'évolution de l'arbre ?

Les morts n'ont pas une forme d'influence direct mais ils sont présents dans l'inconscient familiale parce que les personnes qui sont décédées prématurément c'est à dire avant soixante- cinq ans , sont toujours ceux qui sont délaissés, même si ce n'est pas apparent, ils sont abandonnés dans l'arbre généalogique. Ceux qui sont soutenus par le système de préférence vont réussir à vivre très longtemps. Nous pouvons observer tout de suite dans la programmation du temps de vie ces systèmes de préférence qui sont à la base. Le moyen guérir cela, si l'on a des enfants soi-même, c'est de ne pas installer de préférence dans la génération que l'on est en train d'éduquer. C'est toujours la préférence qui prédispose à un destin contraire, lorsque l'on est délaissé.

La mère ?

C'est élément fondamental. Il faut qu'elle nous accouche convenablement , ni avant terme, ni après terme, et surtout qu'elle nous allaite . La nourriture est la première relation que nous devons avoir avec la mère. C'est donc une part très importante dans la vie quand cela se passe bien.

Le père ?

Dans nos traditions, nous voyons souvent le père comme quelqu'un qui est souvent absent, qui ne s'occupe pas de sa famille, qui meurt prématurément en fait. L'absence du père est au fond ce qui caractérise notre civilisation en Europe et certainement en Afrique , en Amérique et en Asie. La fonction du père reste à construire, dans la plupart des famille que je rencontre , le père ne s'est jamais bien occupé de ses enfants. Cela crée évidemment des dommages parce que les fîls ne peuvent pas être pères à leur tour, ils sont d'éternels adolescents, d'éternels séducteurs, ils ne transmettent rien qui puissent aider leurs enfants à être solides. D'ailleurs à l'accouchement , c'est le père qui doit sortir l'enfant du ventre de la mère , et partir de là il y a un lien fort pour toute la vie. Je pense que c'est quelque chose qui sera remis en question dans nos sociétés. Ce n'est absolument pas le rôle du médecin de faire sortir l'enfant.

Enfant ?

Idéalement, il doit se trouver dans un arbre généalogique qui va bien et principalement avec des parents qui l'ont conçu pour lui-même , mais pas pour remplacer un mort ou pour faire plaisir à quelqu'un de la famille . Un couple qui va bien, engendre l'enfant pour l'enfant, pas pour eux. Cela lui permet d'avoir sa vraie place .

Frère - sœur?

Tout le monde a besoin d'avoir un frère ou une sœur. L'enfant unique a toujours besoin de la relation et de la fratrie, parce que ça conditionne les relations que l'on va avoir après dans la société. Dans une fratrie qui va bien échanger et partager , ce sont deux notions fondamentales et c'est pour ça que l'on a besoin et d'avoir un frère et d'une sœur. Dans certaines familles, c'est caché quand le père a eu des maîtresses et qu'il a eu des enfants ailleurs.

Oncle - Tante ?

C'est très important parce que l'on se rend compte que dans une famille qui va bien, les gens ne s'occupent pas seulement de leurs enfants , mais aussi de leurs neveux et nièces. Ils ont donc ce rôle de oncle et tante à jouer, et quand ils le jouent vraiment, l'enfant a des alternatives au modèle parental. Quand ils n'ont pas joué leur rôle, c'est à dire de protection, d'enseignement et de transmission, on est déséquilibré après leur disparition parce que l'on n'a que les parents et quelquefois, ces derniers ne soutiennent pas.

Grand-parents ?

C'est une filiation très importante. S'ils se sont bien occupés de nos parents et qu'ils n'ont pas fait de préférence vis à vis de leurs enfants, et qu'ils ne veulent pas s'approprier la génération de leurs petits-enfants, ça va bien. Les grand-parents doivent transmettre tout ce qui ont vécu, même les secrets, que ce soit dans la culture, dans le savoir vivre, dans l'éducation, dans l'intellect, toutes leurs expériences même sexuelles. La grand-mère est la protectrice, elle assure l'ambiance de la maison. Le grand-père transmet le rôle de l'homme au sein de la famille, il est le patriarche, il est détenteur d'informations qui ne sont pas celles du père puisqu'il vivait déjà une génération avant , dans un autre contexte social.

Beaux-parents ?

Quand nous nous marions, nous intégrons une nouvelle famille. Il faut se demander les points communs et les différences entre notre famille d'origine et la famille de notre conjoint. Dans le livre, je cite l'exemple d'une jeune fille qui, venant d'une famille où les gens sont très bohèmes, sans structure de vie, et qui se marie à quelqu'un de très catholique, avec beaucoup de principes, des règles de vie très strictes. Quelques fois l'on trouve dans la famille du conjoint, des éléments qui nous ont manqué, que l'on aurait aimé avoir, que l'on a pas eu et que nous allons essayer de compléter à notre famille d'origine.

Qu 'attendez- vous de ce livre ?

Je souhaite qu'il ait du succès. Je voudrais que les gens apprennent des choses à la lecture du livre, se posent des questions , et commencent une analyse de leurs familles pour que tout le monde aille mieux.

Recueillis par Narcisse Adja Kaymon (2000)

Se libérer du destin familial : Devenir soi-même grâce à la psychogénéalogie- Ed. Dervy

 

 

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