Anny Duperey : le hasard et des chats

Anny Duperey : le hasard et des chats

Interview réalisée en 1999

De passage à Lille pour son livre Les Chats de hasard, la comédienne et écrivaine Annie Duperey a bien voulu répondre à nos questions.

Comment vous est venue l'idée d'écrire un livre sur les chats ?

J'ai tout simplement eu envie de rendre un hommage à une amie pour tout ce qu'elle m'a apporté. Missoui a été pour moi un amour merveilleux à l'égal d'une affection humaine.
Il m'est venu l'envie d'écrire un livre à propos des rapports que nous avons avec certaine personne animal, pas un ouvrage sur elle.

Vous parlez de la complicité dans votre travail d'écriture...

Oui. J'ai écrit Le Voile noir avec Missoui. Sa tendresse son regard, sa présence m'ont beaucoup aidée. J'ai écrit "Les chats de hasard " dans le même environnement que "Le
voile noir", sur la même table, dans la même chambre où je m'isolais, parfois pour cacher mes émotions à mes enfants.
On a l'impression parfois en lisant votre livre que le chat a été une meilleure compagnie pour vous que l'être humain ?
J'ai eu autour de moi amitié, attention et compassion, j'ai tout accepté avec reconnaissance. Il n'empêche que ma démarche était solitaire dans ces périodes difficiles, mon chemin vers une enfance perdue, mes doutes, mon désarroi. Démarche solitaire oui, mais pas seule, un être était là, simplement présent. Il faut reconnaître qu'en certaines circonstances la présence d'un animal avec soi c'est mieux qu'un être humain. Je pense avoir vécu une de ces circonstances particulières. Et même si je dois choquer, j'affirme que pour moi, à ces moments-là et dans ces cas précis. Les finalités d'un animal furent plus adéquates près de moi que n'importe quelle autre personne.

Vous dites aussi que les gens qui aiment les chats sont peu enclins à lu politique...

Je pense que les gens qui aiment les chats mettent au-dessus de tout l'individu et ses dons personnels et ne sont pas très attirés par la politique.
Les grands courants, les mouvements d'opinion les embrassements de foule les laissent aussi circonspects que leur animal devant un plat douteux. Et
même leur conviction les poussent à s'engager dans un mouvement, une part d'eux-mêmes reste toujours observatrice, prête au repli dans son territoire intime et idéaliste. Ce sont des personnes qui font aussi une
grande confiance à leur intuition. L'instinct prime la réflexion chez eux.

Vous comparez vos deux grand -mère en fonction de leur rapport avec les chats...

Ma grand-mère paternel avait une dureté toute paysanne, et la frontière était net entre elle et les bêtes : elles dehors et nous dedans. Elle ne les traitait pas mal et aimait probablement son chien, mais il était perpétuellement attaché à sa niche, assez loin de la maison, et n'avait nulle envie qu'il traîne dans ses jambes. Elle a eu une vie très dure, deux guerres, deux veuvages la laissant avec plusieurs enfants à nourrir lui avaient donné un sens de l'économie, l'ingéniosité de tout faire avec presque rien. Dans cet état d'esprit les animaux doivent être utiles, établir avec eux des rapports privilégiés (ce qui
demande du temps et de l'attention) est de l'ordre du superflu. Ma grand-mère maternelle vivait quant à elle au milieu de nombreux animaux. Elle s’occupait des animaux aussi bien que des êtres humains, dormait avec des poules...

Vous finissez par les attendre à chaque période importante de votre vie, ces chats de hasard ?
C'est vrai que je nourri le désir quelque part au fond de moi un espoir de trouver un jour comme par surprise, un chat de hasard qui viendra alimenter une autre période de ma vie. Même si je dois attendre longtemps, j'ai de l'espoir. Ce sera peut-être le dernier, celui de la vieillesse.

Recueillis par Narcisse Adja Kaymon (1999)

Les Chats de hasard Ed.Le Seuil 1999

 

Thème Magazine -  Hébergé par Overblog