Bernard Werber : Douze soupapes

Bernard Werber :  Douze soupapes

Automne 2002

“Ingénieur de style” est l’expression qui définit Bernard Werber. Le passage du Roman à la Nouvelle n’est pas pour lui un obstacle, mais l’occasion de nous emmener dans une forme d’expression littéraire qu’il porte comme un gant. Tout le plaisir sera dans le fait de se laisser guider.

Vous écrivez en général de longs romans. Comment vous est venue l’idée d’écrire un recueil de nouvelle ?
Mon éditeur m’a toujours dit que les nouvelles ne se vendaient pas.
Je me suis alors lancé dans cet ouvrage comme un défi intéressant à relever. J’adore faire ce qui est donné comme perdant au départ, j’aime prendre des risques. Je prends plaisir à aller au devant de ce qui sort de l’ordinaire. Écrire un recueil que l’on donnait perdant à l’avance en terme de vente était pour moi un beau challenge.

Votre recueil est pourtant la meilleure vente actuellement...
Je suis à la tête des ventes de livres avec “L’arbre des possible”, j’ai donc réussi mon défi. Sur internet les lecteurs n’arrêtent pas de me signifier le plaisir qu’ils ont de lire ce recueil, j’en suis vraiment très content. Je n’ai jamais connu une telle gloire. J’ai même vendu plus que le Goncourt.

L’imaginaire déborde de grâce et d’intensité dans vos histoires...
Tous les histoires de L’arbre des possibles résultent d’une observation du monde. Je digère le monde dans les nouvelles. Je capte ce qui se passe en laissant libre court à mon imaginaire qui en fait sa propre interprétation.

A part la longueur du texte, quelles différences y a t-il entre l’écriture d’un roman et celle d’un roman ?
L’avantage de la nouvelle est d’être écrit du premier jet. Je réécris énormément les romans, je n’arrête pas d’y travailler. Les six premiers mois sont super dans un romans, mais le dernier trimestre de travail d’un roman m’est insupportable. La première heure d’écriture est m’est agréable pour une nouvelle, et il n’y a pas de réécriture. La nouvelle est un produit brut.

A quel moment de votre vie l’écriture s’est-elle révélée comme le métier que devriez exercer ?
Dans une vie précédente, je rêvais d’être écrivain et je l’ai été dans celle-ci. Avant de mourir dans ma vie antérieure, j’ai pensé que le job qui a l’air le plus facile pour les fainéants et dans lequel je n’aurais pas de patron à supporter , serait le métier d’écrivain. Cela fait plusieurs vies que je voulais écrire, je ne le réalise que dans celle-ci. Tout est vraiment parti de là.

Quand écrivez-vous en général ?
J’écris mes gros romans de 8h à 12h30 le matin, c’est automatique. Je continue avec mon ordinateur portable lorsque je prends le train. J’écris les nouvelles l’après-midi, mais cela fait plusieurs semaines que je n’en ai pas écrit.
La meilleure énergie est celle du matin, je la consacre au roman.

Vous rejoignez le point de vue de votre éditeur, dans le sens où la nouvelle n’est pas une œuvre littéraire importante, on peut l’écrire à n’importe quel moment...
La nouvelle est pour moi un vélo d’essai, c’est une idée lancée qui donne une petite construction. Cela demande beaucoup moins d’énergie que de bâtir une cathédrale. Par contre, la nouvelle peut être le travail brut précédant un roman qui en deviendra le raffinement.

Est-ce la quête du raffinement qui vous fait retravailler constamment vos romans...
En plus du fait d’avoir besoin d’avoir la meilleure énergie pour écrire, j’ai pris des cours de dactylo pour écrire très vite. Pour me prouver que je pouvais écrire très rapidement j’ai écris le roman Le livre du voyage en une seule journée. Cela donnait quand même 160 pages en huit heures.

Le cours d’une histoire évolue t-il en fonction de l’actualité du moment, ou de ce que vous observez dans votre entourage ?
Bien sûr, je suis quelqu’un d’influençable. Je ne peux pas rester insensible à l’actualité et à ce que je vois autour de moi, cela influe forcément sur la tournure que va prendre l’histoire que je raconte ou même la manière de la raconter.

Quelles sont vos influences littéraires ?
La première était Edgar Poe, ensuite dans l’ordre chronologique ,
François Rabelais Jules Verne, Jean de La Fontaine, Isaac Asimov, Arthur Clarke, Franck Herbert.

Dans les auteurs vivants ?
Aucun. Tout ce qui se fait actuellement me semble facile car je sais le faire. C’est comme si l’on vous montre une voiture dont vous savez comment est fait le moteur , comment il fonctionne et ce que vous pouvez faire pour l’améliorer. Ce n’est pas de la prétention mais je considère que si je sais fabriquer et monter un moteur de douze soupapes, je ne peux pas être impressionné par les six soupapes. Actuellement je ne vois que des romans que je pense être capable d’améliorer, alors cela ne pourrait en rien influencer mes écrits.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la vie à part l’écriture ?
L’avenir de de l’humanité et le cinéma. Je souhaite moins de violence, plus de tolérance et l’arrêt des fanatismes.

Ce qui vous met en colère ?
Le fanatisme, le mensonge et la désinformation.

La question que vous ne supportez pas que l’on vous pose ?
Croyez-vous être le meilleur écrivain du siècle ?

Recueillis par Narcisse Adja Kaymon     (automne 2002)

           L'arbre des possible
                 Ed Albin Michel

 

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