Une des rencontres les plus sottes de ma vie

 Une des rencontres les plus sottes de ma vie Une des rencontres les plus sottes de ma vie

     " Une des rencontres les plus sottes de ma vie fut celle de la peinture ". Pendant des décennies, de tout jeune à maintenant, j’ai pratiqué tout ce qui est permis dans le monde de l’art contemporain  (un monde dans lequel, il serait possible de transgresser ! MDR !).

    La peinture à l’huile sur toile, celle à l’eau, gouache ou aquarelle et puis la photographie, le collage, la gravure et la vidéo ! Loin d’être las (et toujours là où il faut), il y eut des installations, performances, des actions… Sans parler du land- art, du cinéma expérimental (à ne pas confondre avec le médium vidéo qui a ses spécificités !). Une liste exhaustive s’avère définitivement impossible (quoique !) mais allons-y : empreintes du corps dans la boue en Corée, immersion et rencontre-partage chez les nomades de Mongolie, échanges avec les plasticiens chinois lorsque c’était très mode, et des peintures par-ci, et des peintures par-là. Partout, tout le temps : l’art ! Des dessins, croquis et même des écrits parmi lesquels des textes critiques sur les pratiques contemporaines (ils font encore autorité), textes aussi sur les artistes qui me semblaient (et qui, pour quelques-uns, me semblent encore) compter.  «  Une des rencontres les plus sottes de ma vie fut celle de la peinture. Pendant des décennies, de tout jeune à maintenant, j’ai pratiqué tout ce qui est permis dans le monde de l’art contemporain

J’ai failli me mettre au street-art comme on s’installe auto-entrepreneur. Hélas, je ne souhaitais nullement ressembler à une de ces petites putes qui vendent leurs coloriages fun et fashion aux grandes marques de basket. C’est un constat, le street-art, ça rapporte la blinde de tunes, et leurs représentants posent devant leurs « œuvres » comme des mannequins, ils font la promotion des produits de luxe, les customisent … Tout en se revendiquant de la grande « école de la rue ». Des putes, oui, mais pas sur le trottoir : trop froid l’hiver, genre nous on dort au MARRIOTT et encore, y’a mieux !

    Oui, une de mes rencontres les plus sottes de ma vie. Celle de la peinture. Avec beaucoup de passion, je l’ai pratiqué. Certes, pas de quoi se couper une oreille (ou un lobe). Malgré tout ce cœur, cette passion, les choses finirent par changer. Il n’y avait plus d’urgence. L’art pouvait bien attendre. C’est vrai, il y aurait des artistes qui à travers leurs œuvres (je dirais maintenant travaux) mettent l’accent sur les vrais problèmes, dénoncent tout ce qu’il y a à dénoncer (l’exploitation de l’homme par l’homme sous toutes ses formes, la pauvreté, la pollution, la guerre horrible…), se révoltent là où il faut se révolter, s’insurgent s’il faut s’insurger à un moment ou un autre, adoptent des postures pour mieux critiquer les postures, utilisent le langage des médias pour les contrer. Tu sais Monique, y’en a des choses à dire, à noter, à retenir.

    En ce qui me concerne : plus rien. Rien du tout. Je ne pratique plus la peinture. La photographie, c’est comme Capri, c’est fini ! Je ne visite ni musée, ni expositions. Non, il n’y a plus d’urgence et c’est bien étrange à une époque où des « lanceurs d’alertes » se manifestent quotidiennement. C’était dans mon esprit depuis un certain temps et… juste après un voyage en Asie centrale, un séjour de trois mois (au départ motivé par une investigation artistique), j’ai cessé toute activité de création ! »

   Voilà. C’est le texte qui figurait dans une exposition collective. Une collectionneuse exposait une bonne douzaine de grandes peintures. Elle m’avait demandé d’écrire un texte pour me présenter. Ce fut fait. Et quel succès ! Le public s’est montré fasciné. Renoncement ? Vraiment ? Ou vraiment mais avec une petite idée… Une pause, quoi ? Mais enfin, voyons… D’accord, tu verras plus tard. Mais non, pas plus tard ! Il n’y a plus rien à voir. Pas d’introspection, pas de baratin. Rien, rien, rien ! Et non rien de rien… Pas du tout, je ne fais pas ça pour m’amuser !

   Ben alors, qu’est-ce que tu vas faire ? Hein ? Il faut bien faire quelque chose ? Et donc qu’est ce que tu vas…

   Ma réponse fut très simple :
   - Vivre !

 par Sylvain- Raymond 

 

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