On dirait que ça te gêne de marcher dans « La boue »

 On dirait que ça te gêne de marcher dans « La boue »

Chère amie, cher ami,

Une lettre verte (couleur de la feuille de l’original manuscrit ; deux couleurs sont disponibles pour les brouillons : le vert et le jaune*) rédigée dans une salle d’examen, la salle B oo2 où se déroule l’épreuve de Français (série générale) du Diplôme National du Brevet, session 2016. Les journaux télévisés ont coutume – il en va de même pour la presse écrite – d’évoquer les épreuves du baccalauréat avec des antiennes récurrentes : le plus jeune candidat, le plus âgé, celui qui s’y rend en pirogue ou en jet privé… Petits reportages anecdotiques sur l’angoisse des candidats, leurs impressions après l’épreuve de philosophie, leurs puériles et excessives réactions à la lecture des résultats : en cas de succès ; rires, cris de joie des lycéens mais aussi de papa et maman (sans oublier mémé et pépé, les tantes, tontons et bien d’autres), en cas d’échec, les mêmes chialent tous et le chef d’établissement met en place une cellule psychologique d’urgence.

Le brevet des collèges quant à lui attire rarement l’attention des médias. C’est pourtant un diplôme national après lequel les collégiens deviennent lycéens.

Cette année, la première partie de l’épreuve de Français (coefficient 2) durait 1h30. Une heure dix consacrée aux questions (15 points) et à la réécriture (4points). C’est un extrait de « La Boue, Ceux de 14 »  de Maurice Genevoix qui était proposé aux candidats. Un texte où l’auteur raconte à la première personne son expérience de soldat de la première guerre mondiale.

La question 4 permettait d’obtenir 1,5 point : « Dégouttelantes (ligne 11) : comment ce mot est-il construit ? Quel sens lui donnez-vous ? Après avoir répondu aux huit questions, le collégien-candidat se devait de réécrire un passage du texte de Genevoix en commençant par : « Il se demandait d’où venaient… » et en faisant toutes les transformations nécessaires.

A 10h10 précises, c’est la dictée qui arrive. Surprise : encore une fois un texte de Maurice et extrait du même ouvrage. De « La Boue ». Vingt minutes pour obtenir 6 points en cas de « sans faute ». Une pause de 15 minutes succède à la dictée.

La rédaction, seconde partie de l’épreuve commence à 10h45 pour se terminer à 12h15. Les candidats composent sur une nouvelle copie et traitent au choix l’un des deux sujets de rédaction. Ils écriront une ligne sur deux. L’utilisation d’un dictionnaire de langue française est autorisée. Sujet 1 ou sujet 2, le texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes) et sujet 1 ou 2, c’est encore du Maurice : « La Boue ».

En choisissant le 1, le collégien doit imaginer la suite du récit, en montrant comment l’intervention d’un autre personnage permet au narrateur de sortir de sa situation. Le texte doit mêler narration, description et dialogue. Sans conteste, tout est possible : l’arrivée d’un coureur cycliste qui s’entraîne, convaincu qu’il a ses chances pour le prochain tour de France, l’irruption d’une nymphomane surexcitée en mesure de soulager et / ou sauver le soldat Maurice. Ou encore, un débarquement de martiens, genre la première (der des der !) qui vire « guerre des mondes ». Plus mignon : deux mille gentils canards emmènent Maurice au pays des merveilles, il y rencontre Alice qui lui prête son portable pour qu’il puisse appeler sa maman (variante porno possible !). Audacieux : le poilu rencontre un yéti, c’est le coup de foudre, ils se marient. De quoi enchanter un correcteur gay friendly.

Et le deuxième sujet ? Simple : Maurice Genevoix a cherché dans la poésie une source de réconfort. Le candidat doit s’appuyer sur sa connaissance des œuvres étudiées en classe et sur son expérience personnelle pour expliquer dans un développement organisé ce que les œuvres d’art peuvent apporter (là, y’a moyen de citer la chanson de Michel Delpech !). Style : Mais allo quoi !

A la fin de l’épreuve, les consignes sont suivies avec le plus grand soin.

  • Ramasser les copies dans l’ordre alphabétique. Ne pas libérer les candidats !
  • L’un des surveillants amène en A103 le paquet de copies pour pointage et signature.
  • - Celui-ci revient dans la salle d’examen tandis que le deuxième surveillant se rend en A103 pour signer lui-aussi.
  • A son retour en salle d’examen, les candidats peuvent être libérés.

Chère amie, cher ami, chers amis, c’est tout pour aujourd’hui.

Votre X. Ray

Ne pas confondre avec « Le rouge et le noir », roman de Stendhal.

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