Crise du système scolaire français. Pourquoi ?

Salle de classe de l'école maternelle et primaire Notre Dame à Caen. AFP M. Daniau

Salle de classe de l'école maternelle et primaire Notre Dame à Caen. AFP M. Daniau

Crise du système scolaire français est profonde. Elle est à notre image. Nous avons, à juste titre, affirmé une ambition égalitaire pour tous nos enfants mais nous avons, en quelque sorte, présumé de notre capacité à mener à bien ce dessein. Derrière l’apparence des statistiques de réussite aux diplômes nationaux, notre école reste profondément inégalitaire. Elle est en pleine crise sociale, symbolisée par la ghettoïsation de l’éducation prioritaire. Cette crise de l’école en Enfance et études.

Les performances de notre système scolaire ne cessent de se dégrader. Il devient aussi de plus en plus inégalitaire.

Nos résultats ne peuvent pas se mesurer seulement à partir de la proportion d’une classe d’âge ayant obtenu un diplôme de second cycle du secondaire (CAP, BEP ou baccalauréat), qui dépasse largement les 80 %, car la massification et la démocratisation de l’accès au secondaire se sont aussi caractérisées par un recul de l’exigence dans les notations. L’ambition égalitaire, qui devrait aller de pair avec le primat méritocratique, s’est accompagnée d’une logique consistant à, trop souvent, « surnoter » pour gommer les différences et satisfaire élèves et parents à qui l’on donne l’illusion de bons résultats malgré, bien souvent, l’évidence d’une insuffisance de travail et de niveau.

Comme signe supplémentaire de cette dérive, on voit resurgir le débat récurrent sur l’abandon des notes, presque aussi ancien que l’école républicaine – la notation sur vingt a été instituée par un arrêté du 5 juillet 1890 –, ou sur le remplacement de l’examen du baccalauréat par un contrôle continu.

Par-delà l’illusion des diplômes obtenus, les indicateurs de maîtrise des enseignements et les comparaisons internationales dressent un sombre tableau de l’état de nos performances. On est loin de l’ambition exprimée par l’article L. 111‑1 du code de l’éducation qui dispose que « l’acquisition d’une culture générale et d’une qualification reconnue est assurée à tous les jeunes, quelle que soit leur origine sociale, culturelle ou géographique ».

Les études du ministère, les tests passés par les jeunes Français lors de la journée d’appel de préparation à la défense (JAPD) et les enquêtes périodiques de l’OCDE sur les compétences en lecture, mathématiques et sciences des élèves de 15 ans (PISA) permettent d’appréhender cette réalité et l’accélération de sa dégradation.

Notre école ne parvient pas à transmettre à tous les acquis de base. Toutes les études convergent : plus d’un jeune sur cinq a des difficultés importantes ou sévères de lecture. D’une manière générale, les évaluations du ministère montrent que la majorité des élèves ne maîtrisent pas les connaissances requises par les programmes.

Les études PISA, conduites dans 65 pays parmi lesquels les membres de l’OCDE, montrent la position globalement moyenne de la France tant en mathématiques qu’en compréhension de l’écrit et en sciences. La performance de la France est en baisse depuis 2003, notamment en mathématiques. Cette dégradation est en partie atténuée par l’amélioration des résultats des filles alors que ceux des garçons régressent de manière significative. Surtout, la dernière étude PISA de 2012 montre le caractère inégalitaire de notre système scolaire et l’aggravation de la situation depuis 2003. Il existe une véritable fracture scolaire qui se caractérise par une moitié d’élèves qui se situent parmi les meilleurs de l’OCDE et une autre moitié parmi les plus mauvais. Comme le souligne le rapport PISA : « En France, la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus forte que dans la plupart des pays de l’OCDE […] Le système d’éducation est plus inégalitaire qu’il ne l’était 9 ans auparavant. En d’autres termes, lorsqu’on appartient à un milieu défavorisé, on a aujourd’hui moins de chances de réussir qu’en 2003 […] Les élèves issus de l’immigration représentent en France 15 % des élèves testés et sont au moins deux fois plus susceptibles de compter parmi les élèves peu performants. » La conclusion de la note PISA 2012 sur la France est sans appel : « Les statistiques mettent en évidence combien le poids des inégalités est fort en France et surtout combien il s’est aggravé entre 2003 et 2012. »

L’inégalité de notre système éducatif se traduit aussi dans la nature des diplômes obtenus. Certes, près des deux tiers d’une classe d’âge obtiennent un baccalauréat, mais un tiers seulement un baccalauréat général qui, avec le bac technologique, ouvre les portes de l’enseignement supérieur. 80 % des enfants des catégories les plus favorisées obtiennent un baccalauréat général contre 18 % pour ceux issus des catégories défavorisées. Les inégalités entre établissements sont également très fortes. Les taux de réussite sont compris entre 13 % et 100 % pour les lycées professionnels, et entre 22 % et 100 % pour les lycées d’enseignement général et technologique.

Aussi, 15 % d’une classe d’âge, soit plus de 130 000 jeunes, sortent du système scolaire sans diplôme. Or, nous ne sommes plus au début des années 1970 où le taux de chômage des jeunes sans diplôme était de 5 %. Il dépasse aujourd’hui 45 %, contre 12 % pour les diplômés du supérieur.

Contrairement à ce qui est souvent avancé, notre système scolaire n’est, en revanche, pas significativement moins ou plus coûteux que celui de nos voisins. En consacrant de l’ordre de 4 % de son PIB à l’enseignement primaire et secondaire, la France est dans la moyenne de l’OCDE.

La crise de notre système scolaire n’est donc pas une crise de moyens, comme l’a laissé penser la campagne présidentielle de 2012 centrée sur la question de la création de nouveaux postes à l’école.

Elle est beaucoup plus profonde. Elle est à notre image. Nous avons, à juste titre, affirmé une ambition égalitaire pour tous nos enfants mais nous avons, en quelque sorte, présumé de notre capacité à mener à bien ce dessein. Derrière l’apparence des statistiques de réussite aux diplômes nationaux, notre école reste profondément inégalitaire. Elle est en pleine crise sociale, symbolisée par la ghettoïsation de l’éducation prioritaire. Cette crise de l’école en annonce d’autres. Des générations ne peuvent pas être placées dans une telle situation d’absence de

perspectives de vie, sans conséquences explosives pour toute la société.

À cela s’ajoute une inadaptation du système éducatif aux progrès technologiques et à ceux des systèmes d’information. Partout dans le monde, et pas seulement en France, on continue à enseigner sur le modèle prussien du XIXe siècle. L’ampleur des changements à conduire tétanise tous les États. Nos systèmes scolaires demeurent profondément conservateurs par peur de devoir changer de fond en comble les méthodes d’enseignement.

C’est pourtant une exigence et une chance. La France doit faire le choix d’être la première à décider de le faire.

Frédéric Salat-Baroux est avocat. Il a été secrétaire général de la présidence de la République de 2005 à 2007. Il est notamment l'auteur De Gaulle-Pétain : le destin, la blessure, la leçon (Robert Laffont, 2010).

Extrait de La France EST la solution de Frédéric Salat-Baroux  Plon

 

Frédéric Salat-Baroux

Frédéric Salat-Baroux

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